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Les Maisons-bulles de Costy et Häusermann

  • Photo du rédacteur: Claire Celestin
    Claire Celestin
  • 27 janv.
  • 3 min de lecture

Je marchais en Chartreuse, les pieds dans la neige, bien emmitouflée, l’esprit encore rempli de mes réflexions récentes sur les Kerterres. Ces petites bulles de chaux et de chanvre m’avaient laissé un goût doux-amer. Et puis, au détour d’un chemin, je tombe nez à nez avec une oeuvre d'art :

Une forme blanche, ronde, presque irréelle, surgit entre les arbres. Pas une cabane, pas une maison pavillonaire comme on les connaît par centaine. Une bulle. Silencieuse. Posée là comme si elle avait toujours fait partie du paysage. Je m’arrête. Je regarde. Et je souris. Parce que là, clairement, quelque chose se passe.


Maison bulle Costy et Hausermann Chartreuse

Quand l’architecture lâche prise sur les angles


Avec Pascal Häusermann et Claude Costy, l’architecture a décidé un jour de sortir du fonctionnalisme austère d’après-guerre Fini les angles droits, les boîtes bien sages. Place aux courbes, aux formes rondes, enveloppantes, presque sensuelles.

Leur idée est simple : ce n’est pas à l’humain de s’adapter à la maison, mais à la maison d’épouser la vie. Le rond devient alors une évidence. Pas de début, pas de fin. Juste une continuité douce. Une maison qui enlace au lieu d’enfermer.



Des bulles contre des barres


Dans les années 60–70, pendant que la France construit vite, droit et en série, Costy et Häusermann sculptent le béton comme de l’argile. Ils imaginent des maisons qui ressemblent plus à des grottes futuristes, des coquillages ou des nuages tombés du ciel qu’à des pavillons standardisés.

À Minzier, en Haute-Savoie, leur première maison-bulle de 1968 donne le ton : ici, rien n’est droit. Les murs ondulent, les plafonds enveloppent, la lumière glisse. On ne vit pas dans une maison, on vit avec. Elle sera nommée plus tard, d’« architecture-sculpture ».


maison bulle Minzier

Le béton oui, mais en poésie


Pour créer ces formes libres, ils utilisent le béton projeté sur un treillis métallique, un peu comme on jetterait de la matière pour la modeler ensuite. Pas de coffrage classique, pas de lignes imposées. La forme naît sur place, au fil du chantier. Technique découverte par Costy lors de son voyage en Californie : là-bas ils construisent leurs piscines de cette façon !

Costy développe une idée d'unicité du bâtiment : le mobilier est souvent intégré directement dans la structure : bancs, étagères, cheminées… Tout sort des murs. Littéralement. On ne sait plus très bien où s’arrête la maison et où commence l’objet.


Habiter autrement


Pour Costy et Häusermann, la maison est une extension de soi. Une coquille. Un refuge. Une cocréation entre un lieu, des mains, des idées et des vies.

À Minzier, à Raon-l’Étape avec l’hôtel-bulles de L’Eau Vive, ou encore en Ardèche avec la spectaculaire Maison Unal, ces bulles s’insèrent dans le paysage sans chercher à le dominer. Elles négocient avec lui et ça reste vivant.



Des bulles devenues patrimoine


Longtemps perçues comme des folies hippies, ces maisons sont aujourd’hui protégées, restaurées, parfois même habitées ou louées. La Maison Unal est classée monument historique. L’hôtel-bulles de L’Eau Vive accueille de nouveau des visiteurs. Certaines écoles rondes existent encore.

Le rêve n’a pas éclaté. Il s’est solidifié.


maison bulle

Toute en rondeur


Les maisons-bulles ne sont pas des modèles à copier à l’infini. Elles sont des expériences. Des tentatives. Des respirations.

Elles nous rappellent qu’habiter, ce n’est pas seulement se loger. C’est chercher une forme qui nous ressemble. Une forme sensible, imparfaite, vivante.

Et parfois, au détour d’un chemin enneigé, cette forme c'est une bulle.


 
 
 

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